A parler du corps
encore parler du corps
si tu veux ces maux à mots couverts
ses assiettes et ses verres
sa table, ses cinq commensaux
le sixième et le non-sens
en dernier ressort, en dessert.
Chaque fois une autre
et subtilement identique architecture
de mieux et de pires
(il est probable que le pire gagne)
Je suis de ce navire qui épouse mon corps.
Je tresse je frotte je tors je tangue je chavire.
Rarement je capitaine
La toile plisse le poids déplace la masse des appuis.
Tout ce qui peut se ploie.
Tout ce qui grève grince.
Tout ce qui sangle cède.
Seul le temps s’écoule de ces infimes plaies.
Des phosphènes de fièvre.
Des dedans qui deviennent dehors des seuils de Moebius à l’éternelle intériorité expectorée en boucle
Support
Surface
Orage orange
Boréal
Vertige complémentaire
Vortex médullaire
Et aucune pierre de touche pour faire cesser la chute.
- Et vous, qui vous soulage ? La nuit ?
Mes genoux soyez brefs
et veuillez préciser l’adresse
N’hésitez plus sans cesse entre les flammes
et les archanges
à la rotule couronnée
je ne suis dans ce bas relief
que quant-à-soi de roi de cartes
Tangible poreux
Fissile texture
Très visible mirage
Hachures - échelle humaine
Il y a quelque chose d’irréductible entre son apparence et soi, et c’est seulement dans l’abandon à la multiplicité intérieure qu’on approche quelque peu de leur vérité commune.
Toute cette ardeur du vif à l’assaut de l’intuition d’un seul.
La fracture est première, spéculaire et ultime.
Entre nous rien de plus que le commerce de la chair.
O corps grand intrigant
Je décode de la codéine
J’aspire à l’aspirine
Qu' importe les méfaits
Quand je cherche l’effet
Ras le gant
Mon petit pied
Ma main hors paire
La belle fraternité de dix nonnes de nacre
Salut à mes extrémités
(ma grand’mère disait : il fut un temps où le monarque était aimé de ses sujets)
Une mouture inquiète – un inquiétant mutisme.
Que dire, fine moulure de poudre, marc à la foudre discrète : l’entrisme des tortures, l’extase des systoles ?
La ligne de fuite à l’abandon des bandes – la fractalité du muscle, la hiérarchie des fibres, la cohérence des faisceaux.
Tout pourrait céder à la mire.
Et l’axe du laser spirite déconstruire pièce à pièce l’architecture de l’espèce, chaque veine rongée de vrilles.
Tu tires tu tries tu délies tu déligotes, ordinant là tes derniers prêtres avec l’onction de l’heure et la courbe du calice.
Que tombent les tensions qui cerclent l’acier, les cordages, les nerfs du bœuf, la peur première, l’œil injecté des abattoirs.
Que tombent ces viscères et avec elles toutes les misères du monde.
(entrailles, aruspices)
Rien. Le monde ne s’épuise jamais.
On peut tout vider fermer les sens en volets de persiennes.
Il reste le dernier territoire de l’île, l’obsidionale, la grande plaine des grands muscles, la fissure, la ruche.
Et le vent ! le souffle qui plisse, le vent qui baigne, l’axe de la moelle, le pont des fractures, l’auberge du genou…
Malgré le solipsisme se tiennent l’infus en lierne
le lierre en fût
des cathédrales de feuilles signées d’un sceau de cierge et d’un faisceau de fièvre
le javelot incendiaire qui se tire en javelle
la falarique en feu qu’on pique aux murs de brique en attendant l’assaut.
(nos guerres intestines)
La mort que je serai est déjà là petite.
Endogène.
Volubile.
Vous périssez par quoi vous avez vécu.
Les chiens ne font pas des chats.
La mort vient de dedans
Je revendique ma part bactérienne
Je m’y cause, bien que son intelligence épidémique soit supérieure à mon espèce humaine
Je donne chair à l’in trus
Je suis sa manifestation
Je suis sa chair à canon
Je l’incarne à cette échelle
Fungi virus archées
en miette de la cellule
tout ce qui code de l'espèce.
Entrer dans tous les instants du corps.
Dans la danse de leur rythme complexe – l’entrelacs de ses rythmes.
Chemin mouvant à parcourir – peut être de mieux en mieux connu. Peut-on dire qu’il ne mène nulle part ? D’une certaine façon dans un nulle part d’infinités.
L’infinie conscience qui ne parle que vive.
Si le champ est borné l’infime, lui, est sans borne, et toujours plus précisable dans la nomologie :
Monde, intarissable diseur de loi.
En tournant l’attention vers le corps il s’avère un autre monde arpentable et pourtant indescriptible, tout parcouru d’itinéraires aux simultanéités sidérantes.
La quatrième dimension est la conscience qui coud, qui tresse le fil du temps à sa texture d’espace.
Taiji : Le cerveau à l’œuvre dans ses recoins qui sont des gestes. L’attention convergeant aux points qu’on disait névralgiques.
Correspondances des équilibres. Prédominance du circulaire.
Dans le sillage du gouverneur, son itinéraire en réduction concave. C’est dans l’échange de ces données mouvantes que quelques dons s’échappent de l’abondance des possibles.
En posture assise, la détente musculaire débouche sur la découverte de l’axe qui surgit de la jungle des fibrosités intérieures : après les frondaisons de langues et de feuilles, en un chemin furtif, tel Angkor émergeant des forêts tropicales. Une superposition de ses forces minimales, une sinuosité souriante, des espaces luminescents, du jour, du chaud, des sèves verticales.
Le temps d’un corps, son rotor, et loin, un point d’épiphanie, fut-il inorthodoxe, infime décadrage de plans. Un décor d’avant l’aube de la suprématie des ondes, à l’est des écluses de l’hertz. Il s’agit comme toujours de rejoindre l’origine du carrefour, alors que tout était encore matière. Des verstes à endosser pour le delta lointain de l’Amour.
Au vent un printemps, un frémissement de fin de gel, passé au grand ralenti des steppes.
(synopsis pour un film fleuve)