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poésie française contemporaine

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Le corps empire

 

 

  

 

A parler du corps

encore parler du corps

si tu veux ces maux à mots couverts

ses assiettes et ses verres

sa table, ses cinq commensaux

le sixième et le non-sens

en dernier ressort, en dessert.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

  

 

 

Chaque fois une autre

et subtilement identique architecture

de mieux et de pires

 

(il est probable que le pire gagne)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je suis de ce navire qui épouse mon corps.

Je tresse je frotte je tors je tangue je chavire.

Rarement je capitaine

La toile plisse le poids déplace la masse des appuis.

Tout ce qui peut se ploie.

Tout ce qui grève grince.

Tout ce qui sangle cède.

Seul le temps s’écoule de ces infimes plaies.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Des phosphènes de fièvre.

Des dedans qui deviennent dehors des seuils de Moebius à l’éternelle intériorité expectorée en boucle

Support

Surface

Orage orange

Boréal

Vertige complémentaire

Vortex médullaire

Et aucune pierre de touche pour faire cesser la chute.

 

- Et vous, qui vous soulage ? La nuit ?

 

 

 

 

 

 

 

 Mes genoux soyez brefs

et veuillez préciser l’adresse

N’hésitez plus sans cesse entre les flammes

et les archanges

à la rotule couronnée

je ne suis dans ce bas relief

que quant-à-soi de roi de cartes

 

 

 

 

 

 

 

Tangible poreux

Fissile texture

Très visible mirage

 

Hachures  -  échelle humaine

 

 

 

 

 

 

 

Il y a quelque chose d’irréductible entre son apparence et soi, et c’est seulement dans l’abandon à la multiplicité intérieure qu’on approche quelque peu de leur vérité commune.

Toute cette ardeur du vif à l’assaut de l’intuition d’un seul.

La fracture est première, spéculaire et ultime.

Entre nous rien de plus que le commerce de la chair.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

O corps grand intrigant

Je décode de la codéine

J’aspire à l’aspirine

Qu' importe les méfaits

Quand je cherche l’effet

Ras le gant

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mon petit pied

Ma main hors paire

La belle fraternité de dix nonnes de nacre

Salut à mes extrémités

(ma grand’mère disait : il fut un temps où le monarque était aimé de ses sujets)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une mouture inquiète – un inquiétant mutisme.

Que dire, fine moulure de poudre, marc à la foudre discrète : l’entrisme des tortures, l’extase des systoles ?

La ligne de fuite à l’abandon des bandes –  la fractalité du muscle, la hiérarchie des fibres,  la cohérence des faisceaux.

Tout pourrait céder à la mire.

Et l’axe du laser spirite déconstruire pièce à pièce  l’architecture  de l’espèce, chaque veine rongée de vrilles.

Tu tires tu tries tu délies tu déligotes, ordinant là tes derniers prêtres avec l’onction de l’heure et la courbe du calice.

Que tombent les tensions qui cerclent l’acier, les cordages, les nerfs du bœuf, la peur première, l’œil injecté des abattoirs.

Que tombent ces viscères et avec elles toutes les misères du monde.

(entrailles, aruspices)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rien. Le monde ne s’épuise jamais.

On peut tout vider fermer les sens en volets de persiennes.

Il reste le dernier territoire de l’île, l’obsidionale, la grande plaine des grands muscles, la fissure, la ruche.

Et le vent !  le souffle qui plisse, le vent qui baigne, l’axe de la moelle, le pont des fractures, l’auberge du genou…

 

 

 

 

 

  

 

 

 

Malgré le solipsisme se tiennent l’infus en lierne

le lierre en fût

des cathédrales de feuilles signées d’un sceau de cierge et d’un faisceau de fièvre

le javelot incendiaire qui se tire en javelle

la falarique en feu qu’on pique aux murs de brique en attendant l’assaut.

(nos guerres intestines)

 

 

 

 

 

 

 

 

La mort que je serai est déjà là petite.

Endogène.

Volubile.

Vous périssez par quoi vous avez vécu.

Les chiens ne font pas des chats.

 

 

 

 

 

 

 

La mort vient de dedans

Je revendique ma part bactérienne

Je m’y cause,  bien que son intelligence épidémique soit supérieure à mon espèce humaine

Je donne chair à l’in trus

Je suis sa manifestation

Je suis sa chair à canon

Je l’incarne à cette échelle

Fungi virus archées

en miette de la cellule

tout ce qui code de l'espèce.

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

Entrer dans tous les instants du corps.

Dans la danse de leur rythme complexe – l’entrelacs de ses rythmes.

Chemin mouvant à parcourir – peut être de mieux en mieux connu. Peut-on dire qu’il ne mène nulle part ? D’une certaine façon dans un nulle part d’infinités.

L’infinie conscience qui ne parle que vive.

Si le champ est borné l’infime, lui,  est sans borne, et toujours plus précisable dans la nomologie :

Monde, intarissable diseur de loi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

En tournant l’attention vers le corps il s’avère un autre monde arpentable et pourtant indescriptible, tout parcouru d’itinéraires aux simultanéités sidérantes.

La quatrième dimension est la conscience qui coud, qui tresse le fil du temps à sa texture d’espace.

Taiji : Le cerveau à l’œuvre dans ses recoins qui sont des gestes. L’attention convergeant aux points qu’on disait névralgiques.

Correspondances des équilibres. Prédominance du circulaire.

Dans le sillage du gouverneur, son itinéraire en réduction concave. C’est dans l’échange de ces données mouvantes que quelques dons s’échappent de l’abondance des possibles.

En posture assise, la détente musculaire débouche sur la découverte de l’axe qui surgit de la jungle des fibrosités intérieures : après les frondaisons de langues et de feuilles, en un chemin furtif,  tel Angkor émergeant des forêts tropicales.  Une superposition de ses forces minimales, une sinuosité souriante, des espaces luminescents, du jour, du chaud, des sèves verticales.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le temps d’un corps, son rotor, et loin, un point d’épiphanie, fut-il inorthodoxe, infime décadrage de plans. Un décor d’avant l’aube de la suprématie des ondes, à l’est des écluses de l’hertz. Il s’agit comme toujours de rejoindre l’origine du carrefour, alors que tout était encore matière. Des verstes à endosser pour le delta lointain de l’Amour.

Au vent  un printemps, un frémissement de fin de gel, passé au grand ralenti des steppes.

(synopsis pour un film fleuve)

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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